Hosaka Kazushi est né en 1956 dans le département de Yamanashi. Lorsqu’il a trois ans, sa famille s’installe à Kamakura. Il y restera jusque durant ses études en sciences sociales et économiques à l’université Waseda, après lesquelles, à partir de 1981, il travaille au centre culturel des grands magasins Seibu où il anime des ateliers de littérature et de philosophie. Il se lie alors avec Tanaka Komimasa (1925-2000) puis Kojima Nobuo (1915-2006). L’humour et la subtilité du genre autobiographique renouvelé par ces deux écrivains ont sur lui un attrait décisif. Autour de ses trente ans, il se met à rédiger divers récits. En 1990 est publié Plainsong, puis en 1993 l’ouvrage qui lui fait suite Kusa no ue no chōshoku (Le petit déjeuner sur l’herbe). En 1995, le roman Kono hito no iki (Le champ de ses perceptions) dans lequel le quotidien d’une jeune femme est relaté par un ami de celle-ci, à la première personne, obtient le prix Akutagawa. Puis, en 1997, Kisetsu no kioku (Le souvenir des saisons), qui introduit cette fois le point de vue d’un enfant, le prix Tanizaki. En 2003 paraît son premier long roman Conversation piece qui déploie, sur le thème de la mort et de la mémoire, les pensées du narrateur écrivain au fil de ses dialogues avec ses proches (et ses trois chats) installés dans la vieille maison de sa tante morte. Plus tard, en 2013, le prix Noma est décerné à son second long roman Mimei no tōsō (La lutte qui précède l’aube), qui plonge plus loin encore la mémoire dans l’entrelac des pensées et des paroles. Nombre de critiques le tiendront pour l’œuvre la plus aboutie de la décennie. 

Hosaka est également l’auteur de nombreux essais, consacrés à Kafka notamment, dans lesquels son attention porte sur la temporalité spécifique de la lecture et sur la préséance du détail sur l’argument. Mais la frontière qui sépare l’essai du roman est toujours restée poreuse chez lui, une même visée expérimentale et critique imprégnant les deux formes. Ses récits en effet reposent sur la récurrence de biographèmes (l’enfance et l’adolescence à Kamakura, les années fastes au centre culturel Seibu, la vie et la mort de proches, l’amour invétéré des chats, les résonances de telle séquence textuelle, filmique ou musicale), auxquels des glissements de la temporalité et du point de vue, souvent à la lisière du récit de rêve, confèrent un caractère fictionnel. L’acte même de la narration de ces séquences s’imbrique dans la relation de l’ordinaire quotidien du narrateur ou des personnages. Dès lors, son style se forge sur l’exploration des ressources de la langue ordinaire et, aux glissements de la temporalité et du point de vue, viennent s’ajouter maints hapax dans la construction syntaxique du japonais, qui n’ont pas manqué d’alimenter les discussions de la réception critique.   

Autant de traits qui se retrouvent dans les nombreuses et souvent longues nouvelles écrites tout au long de sa carrière, comme en témoignera la présente, Koko to yoso (« Ici et ailleurs »), extraite du recueil Alléluia paru en 2018, à laquelle a été décerné le prix Kawabata réservé au genre de la nouvelle.    


Présentation par Jacques Levy, février 2021
Crédit photo : Okada Bou