Estampe japonaise

Sur la jetée

Chaque matin, ma toilette soigneusement faite, j’allais, je ne sais trop pourquoi, pêcher sur la jetée. Je m’adonnais à la pêche au point de ne plus penser à rien d’autre. Nous n’étions pas encore en pleine guerre du Pacifique, ni proches de sa fin. Elle venait seulement de commencer.
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Une histoire de boîtes

Cela faisait déjà longtemps qu’on manquait de boîtes. À tel point que s’ils se contentaient d’attendre les distributions officielles, les foyers se retrouvaient dans des situations compliquées. Faute de boîtes pour ranger jouets et vêtements, c’était le bazar dans les logements.
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La Petite Wang

À 5 heures de l’après-midi, la rencontre entre les candidats au mariage commença dans la salle à manger de l’auberge. L’endroit avait beau être vaste, il n’était éclairé que par quelques petites ampoules jetant de-ci de-là une lumière pâle et sans vie ; en plus de la pénombre, il fallait faire avec la présence de toutes ces femmes, quinze pour six Japonais, rien d’étonnant à ce qu’on se sente oppressé.
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Maggie tue-les-chats

I. Mon nom est Maggie tue-les-chats. Mais je ne tue pas de chats. Je sais pas pourquoi on m'appelle comme ça. Les noms sont souvent donnés sans raison particulière, alors ça ne me dérange pas.
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Sakurajima #3

Ainsi commença ma vie à Sakurajima. La journée était divisée en deux périodes de service, et la nuit en trois. De six heures du soir jusqu’à l’heure de l'inspection, il y avait une période qui ne faisait partie ni des quarts de jour ni de ceux de nuit.
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Lilas des Indes

Des plantes occidentales exotiques y germaient parfois, charriées par les déjections d’oiseaux, mais c’était avant tout un jardin japonais. Faute d’entretien, palmiers, camphriers, oliviers odorants et rhododendrons, camélias d’automne, magnolias à grandes fleurs, pins des bouddhistes, cleyères du Japon et broussailles, mais aussi cèdres du Japon poussaient à foison, dans l’anarchie la plus totale.
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Sakurajima #2

À midi le jour suivant, j’arrivai à Taniyama sous une pluie fine. L’intérieur de l’abri suintait d’humidité et l’air était vicié. La salle de cryptage était tout au fond. J’ôtai ma lourde casquette militaire gorgée d’eau et j’entrai en me courbant pour ne pas me cogner aux poutres. À cause de la forte chaleur de la pièce, j’avais beau essuyer sans cesse mes lunettes, elles se recouvraient continuellement de buée.
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Contes de guerre – Soldier’s family

Sur une plage coincée entre mer et jungle, dans une grande île loin dans le sud, gisait un soldat de l’armée japonaise. Presque aussitôt après que la guerre avait éclaté l’armée impériale avait mis pied sur cette île et en avait fait une base arrière pour son offensive vers le sud, plus tard les Américains étaient passés à la contre-attaque et, depuis, l’île servait de bastion, de « porte-avions insubmersible » pour l’aéronavale nippone.
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Sakurajima #1

Au début de juillet, je me trouvais à Bōnotsu. C’était ici que jadis, nos ambassades prenaient la mer pour aller en mission dans la Chine des Tang. Je m’occupais des transmissions de la base se trouvant dans le col qui surplombait ce joli petit port. J’étais cryptographe. Tous les jours, je descendais de la falaise pour aller pêcher, cueillir des myrtilles dans la montagne et bavarder avec l’employée du bureau de poste de Bōnotsu qui passait par le col matin et soir.
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Vie citadine

Un instant s’il vous plaît, dit l’hôtesse en commençant à pianoter sur son clavier, les yeux rivés sur son écran. Je suis désolée, l’avion est complet. S’il y avait eu des places il n’y aurait pas eu de problème pour changer de vol mais à partir de demain il y a un long week-end, alors…