Umezaki Haruo naît le 15 février 1915 à Fukuoka, dans le nord de l’île de Kyūshū. C’est en 1939, alors qu’il est étudiant à l’Université de Tōkyō, qu’il publie un premier récit dans la revue littéraire Waseda Bungaku. Néanmoins, il ne continue pas dans cette voie et ne reprendra vraiment la plume qu’en 1946 pour raconter son expérience de la guerre.

Après ses études, Umezaki travaille quelques années avant d’être appelé sous les drapeaux en juin 1944, alors qu’il approche de la trentaine. Devenu sous-officier dans les transmissions, il connaît la vie militaire dans différentes bases de son île natale de Kyūshū. Au moment de la capitulation du Japon en août 1945, il se trouve sur la petite île volcanique de Sakurajima. Démobilisé, il rentre à Tōkyō et y publie en 1946 un récit largement autobiographique, Sakurajima. Cette nouvelle lui vaut d’être compté parmi les auteurs les plus représentatifs du mouvement littéraire que les critiques appellent dai-ichi sengoha (« le premier groupe d’après-guerre »). Le succès de Sakurajima lui permet aussi de devenir écrivain à plein temps. Débute alors une décennie d’intense production (1948-1958), au cours de laquelle l’auteur va développer son œuvre principalement autour de deux grands thèmes.

À la suite de Sakurajima, Umezaki écrit plusieurs récits de guerre basés sur son expérience ou celle de son frère aîné, revenu du Pacifique. Citons Hi no hate (« La Fin du jour », 1947) qui sera adapté au cinéma en 1954. L’auteur s’éloigne ensuite des récits de guerre pour dépeindre le quotidien de ses compatriotes dans l’après-guerre. Il publie de courtes nouvelles comme Shijimi (« De minuscules coquillages », 1947) ainsi que des textes plus longs comme Boroya no shunjū (« Chroniques d’une bicoque », 1954). Cette dernière œuvre, teintée d’humour et d’ironie, obtient le prix Naoki l’année de sa publication.

Après cette décennie riche de succès, l’écrivain commence à souffrir d’une névrose et voit sa santé se détériorer. Ce sera le point de départ de deux grandes œuvres dans laquelle il revient sur son passé. La première, Kurui dako (« Cerf-volant fou », 1963), traite du suicide de l’un de ses frères. La seconde, Genka (« Illusions », 1965), offre à vingt ans d’intervalle un contrepoint à Sakurajima. On y retrouve notamment la même part autobiographique, à travers l’expérience de cryptographe militaire des protagonistes des deux nouvelles. Illusions est couronné du prix de la culture et de la presse du quotidien Mainichi l’année de sa publication. Ce roman sera aussi le testament littéraire d’Umezaki, qui décède d’une cirrhose le 19 juillet 1965.

Si deux de ses œuvres ont été récompensées de prix et plusieurs autres adaptées au cinéma et en feuilletons télévisés, Sakurajima reste la nouvelle d’Umezaki la plus connue au Japon. Ce récit a figuré pendant plusieurs décennies dans les manuels de langue japonaise de niveau lycée, et donc a été lu par des générations de jeunes Japonaises et Japonais.

Outre Sakurajima, on peut lire en français une courte nouvelle ancrée dans le quotidien de l’après-guerre, De minuscules coquillages, traduite par Brigitte Allioux dans le recueil Anthologie de nouvelles japonaises contemporaines tome II (Gallimard, 1989). Les deux dernières grandes œuvres d’Umezaki ont été traduites par Jacques Lalloz aux Éditions du Rocher : Illusions (2006) et Le Cerf-volant fou (2007).


Crédit photo : Asahigraph du 12 mai 1948, Asahi Shimbunsha